Héritage du protectorat Français, l’enseignement public est laïc, gratuit, et obligatoire. Laïc, pas de problème, il n’y a pas le moindre signe religieux dans les écoles. Obligatoire, cela reste purement théorique, en fait aucun contrôle n’est fait, et de toute manière, il n’existe aucune mesure de rétorsion contre les parents n’envoyant pas leurs enfants à l’école. Gratuite, en principe c’est vrai ; mais les enseignants, extrêmement mal payés, demandent une « participation » financière des familles pour chaque élève, certes peu élevée (généralement 500 riels, soit environ 0,09 euro) mais quand on a plusieurs enfants à l’école, on peut arriver à presque 1 $ par jour, et pour certaines familles ce n’est même pas envisageable. Si la famille ne paie pas ? C’est très simple, l’enfant est accueilli en classe, mais il est mis dans un coin et on ne s’occupe pas de lui. Bien sûr on trouve des enseignants honnêtes (heureusement) qui ne pratiquent pas ce système, mais nombreux sont ceux qui compensent la faiblesse de leur revenu comme cela.

Le pays connaît une explosion démographique, et le manque d’infrastructure scolaire se fait cruellement sentir. Dans les écoles publiques, il n’est pas rare de voir des classes de 50 enfants, et pour utiliser au maximum les moyens existants, un système de « shifts » est organisé : il y a un « poste » du matin de 7 heures à 11 heures, et un d’après-midi de 13 heures à 17 heures, du lundi au vendredi, avec changement tous les mois. Cela fait 20 heures de cours hebdomadaires (mais 40 pour les enseignants !), seules les matières de base sont enseignées : lecture, écriture, maths. L’histoire, la géographie et l’Anglais viennent plus tard.

Les écoles n’ont pas les moyens de payer du personnel non enseignant (en général le directeur et éventuellement un assistant font tout le travail administratif). ce sont les enfants qui sont chargés des petits travaux : arrosage, balayage, etc.
Ce sont les enfants également qui assurent la sécurité à la sortie des classes.
Une sortie d’école est un spectacle assez extraordinaire pour nos yeux occidentaux. Une sonnerie indique la fin des cours, deux enfants, sous la surveillance d’un policier vont arrêter la circulation de chaque côté de la route avec des panneaux « stop ».
Les portes s’ouvrent alors et une marée d’enfants se rue dehors dans un nuage de poussière, certains en vélo, d’autres à pied, beaucoup prennent d’assaut les « transports en commun », en réalité des remorques avec des planches en guise de siège attelées à une moto.
Cinq minutes plus tard, la circulation reprend, l’école est déserte.