Le Président de l’ONG cambodgienne qui met en œuvre nos actions avait senti chez certaines mamans de nos petits protégés une envie d’aller plus loin que simplement recevoir une aide à la scolarisation d’un de leurs enfants. Plusieurs avait parlé de monter une petite affaire commerciale, et elles avaient de bonnes chances de réussite. Ne manquait que le financement. Il y a environ un an il a donc été décidé de faire un test « grandeur nature » avec quatre volontaires. Le résultat a été sans appel : trois réussites complètes et une demi-réussite. L’association téteghémoise est donc allée frapper à la porte de la Mairie pour savoir s’il était possible d’avoir une aide en ce domaine. Un capital de 1 500 euros a été alloué. Ce capital, qui va être reconstitué au fil des remboursements, servira à financer d’autres projets dans le futur. Mais, d’ores et déjà 7 personnes ont été financées depuis avril, et certaines ont déjà obtenu des résultats remarquables. Voici deux exemples de ce qu’on peut faire avec une somme qui peut paraître dérisoire chez nous.

SOU Maysom

Maysom a 42 ans, elle est divorcée, elle a conservé la garde de ses enfants, sans la moindre pension alimentaire bien entendu. Un de ses enfants est parrainé à Lueur d’Orient. Jusqu’à présent elle végétait en vendant un peu de poisson au marché de son quartier. Quand elle a su qu’elle pouvait être accompagnée par un micro crédit, elle est allée frapper à la porte de l’association. Le projet qu’elle a présenté était parfaitement viable, et elle a reçu un prêt de 200 $, remboursable en 10 mois, avec un différé de remboursement, le temps qu’elle commence à faire des bénéfices. Sa journée commence vers 4 h du matin. Son fils ainé a une moto, qui a été adaptée au transport du poisson plus une passagère.

Première étape : un marché de gros de poissons d’élevage à environ 15 km de Phnom Penh.
Elle y fait ses premiers achats en veillant soigneusement à la qualité…
… et à la quantité.
Puis direction un second marché, plus proche de Phnom Penh, où elle achète du poisson pêché dans la nuit.
La moto est chargée, il est temps de prendre la route de Phnom Penh ; il est environ 5 h 30.
Au centre de la capitale, près du marché O’Russey, elle a loué un emplacement pour lequel a versé une caution de 100 $ (la moitié de son prêt).
A 6 h elle est installée, prête pour sa journée de vente.
Le matériel de pesée est réduit au strict minimum.
Elle ne rentrera chez elle que lorsque tout sera vendu, en général vers 12 h 30 ou 13 h. Interrogée sur le bénéfice qu’elle avait tiré de cette aide, elle n’a pas voulu donner de chiffre, mais elle dit que maintenant elle gagne bien sa vie ; pour notre part nous estimons son bénéfice net mensuel à 200 à 300 $ par mois.

PHOUN Phan

 

Phan a 60 ans, elle est veuve. Une de ses filles a divorcé et lui a abandonné ses deux enfants, un garçon et une fille. La petite fille est parrainée à Lueur d’Orient. Pour survivre, Phan fabrique des petits gâteaux.

Elle fabrique sa farine tous les matins, et il y a quelques mois, sa petite-fille devait se lever à 4h pour l’aider à approvisionner l’antique meule.
Elle a demandé un prêt de 140 $ et a acheté pour 70 $ une meule électrique ; ainsi elle peut se lever plus tard et sa petite-fille peut rester dormir jusqu’à une heure plus compatible avec une scolarité normale.
Elle fabrique donc ses gâteaux toute seule maintenant, et à l’aube, ils sont cuits.
Elle se rend à l’école à pied.
La route est longue, plus de 3/4 d’heure de marche.
Les premiers élèves arrivent, elle a ses « habitués ».
Elle ne s’en va que lorsqu’elle a tout vendu.
Il est temps pour elle de commencer sa seconde journée de travail avec sa machine à coudre qui a été financée avec les autres 70 $ de son micro crédit. Elle nous a confié que l’amélioration de son niveau de vie était inespéré, sans compter une meilleure qualité de vie.