En juillet 2011 j’étais à Phnom Penh et suivant mon habitude je rendais visite à quelques familles. Ce jour-là, j’étais allé voir la famille de ma filleule de l’époque, accompagné de Jahry Ungell, le président de notre ONG cambodgienne. Ce que j’ai vu alors m’a profondément marqué. Il y avait là dix personnes, quatre adultes et six enfants, qui vivaient dans une cabane (il n’y a pas d’autre mot) en tôle ondulée, de 20 m2, sans eau, sans électricité, sans sanitaires, sans rien en fait, juste un abri précaire contre le soleil et la pluie. Nous avons fait les présentations et expliqué le motif de notre présence. Personne ne s’est plaint, personne n’a rien demandé. Il y avait une jeune fille à l’air triste assise à côté d’une personne âgée. La vieille dame s’est lancée dans un long discours en khmer à l’adresse de Jahry, et j’ai très vite compris que cela concernait la jeune fille.


A la fin de notre visite, j’ai demandé à Jahry de quoi il s’agissait concernant la jeune fille. Il m’a alors dit qu’elle avait presque 16 ans, qu’elle était la sœur aînée de ma filleule, et qu’elle ne souhaitait rien de plus que de retourner à l’école. Une demande pour le moins inhabituelle, car les jeunes filles des milieux pauvres quittent plutôt l’école à cet âge. Problème, elle avait quitté l’école trois ans auparavant et n’avait pas pu y retourner faute d’argent. A l’évidence cela constituait un obstacle de taille à la reprise de sa scolarité. Mais la vieille dame, qui était sa grand-mère, avait fait un portrait tellement flatteur de sa petite-fille que nous avons décidé de lui donner sa chance. Nous l’avons revue le lendemain, seule. Et là, à ma grande surprise, j’ai découvert quelqu’un à l’élocution très aisée en anglais, à l’esprit très vif.
Restait à lui trouver un parrainage. Ce fut fait très rapidement, et dès la rentrée d’octobre 2011, Sun Sath était parrainée et reprenait le chemin du collège pour faire sa 3e. Et la jeune fille tint ses promesses, elle suivit une scolarité exemplaire et obtint brillamment son examen de fin d’études secondaires (« baccalauréat ») à la session 2015.


Mais un problème restait en suspens, elle était toujours aussi pauvre. Comme elle avait un bon niveau d’anglais, l’ONG l’a recrutée pour assister notre professeur d’anglais, et elle vint loger à l’ONG qui lui assurait en plus ses repas. Puis, notre professeur d’anglais nous ayant quitté, elle est devenue professeur en titre. Dans le même temps, Jahry devant rester en France pour raison de santé, elle prit en main le fonctionnement courant de l’ONG. En fait, elle était devenue indispensable.


Mais cette battante ne comptait pas en rester là, elle voulait aller à l’université. Sa marraine était d’accord pour continuer à la soutenir financièrement, et elle fut nommée correspondante en titre entre Lueur d’Orient et l’ONG de Phnom Penh.
Une autre jeune fille un peu plus jeune qu’elle, Khun Sokeang, obtint son examen de fin d’études secondaires en même temps et c’est à deux qu’elles prirent le chemin de l’université Norton de Phnom Penh, Sath a choisi le management du tourisme et Sokeang a choisi la gestion et la comptabilité. Les voici maintenant arrivées à la fin de ce cursus après un parcours sans faute.


Un bonheur n’arrivant jamais seul, Sath s’est mariée le 27 décembre 2019. Fin heureuse d’une histoire qui montre qu’il ne faut jamais baisser les bras, il n’est jamais trop tard.