A quelques centaines de mètres du siège de Lueur d’Orient à Phnom Penh se trouve une briqueterie. Le site s’étend sur environ deux hectares dont environ la moitié, déjà creusée pour récupérer la glaise, est occupée par un étang. C’est une petite briqueterie, travaillant de manière artisanale avec des méthodes du 19e siècle. Trois couples avec enfants vivent et travaillent là. « Vivre » est un bien grand mot, il faudrait plutôt dire qu’ils survivent.

En effet, les six ouvriers (trois hommes et trois femmes) travaillent là sous un soleil de plomb sept jours par semaine, cinquante deux semaines par an. Ils façonnent les briques, les mettent à sécher (tout cela à mains nues), quand il y en a assez pour une cuisson, ils chargent le four (toujours à mains nues).

Puis le four doit être alimenté en bois (encore et toujours à mais nues). Jamais un jour de repos, jamais un jour de vacances ; leur salaire leur permettant juste de se payer à manger, il n’est pas question de prendre une journée qui ne serait pas payée. Comme m’a dit un des salariés : « On mange tous les jours, donc on travaille tous les jours » ; c’est d’une logique imparable. Si on est malade ? Eh bien, on y va quand même, c’est aussi simple que cela.

Leurs conditions de travail sont difficiles à imaginer, mais que dire de leurs conditions de vie ! Les trois ménages ont eu l’autorisation de construire des cabanes sur le terrain de la briqueterie.

Ces cabanes sont faites de bric et de broc, sans eau ni électricité ni WC.

Cinquante litres d’eau potable sont « généreusement » mis à disposition dans une grande jarre chaque jour par le patron : avec les enfants il y a une vingtaine de personnes à servir, inutile de dire que cette eau est réservée à la boisson et la cuisine. Pour la toilette, il y a les étangs remplis d’une eau stagnante et argileuse, pas l’idéal au point de vue hygiénique ; pour les besoins naturels, il ya les alentours !

Vu leurs conditions de vie épouvantables, nous avons choisi de prendre sous la protection d’un parrain un enfant dans chacune de ces familles, bien qu’ils aient leurs deux parents. C’est une simple question d’humanité.